Le parcours hors du commun d'André Lièvre
09 Avril 2026
Entré dans le métier à la fin des années 1960, M. Lièvre a traversé près de 60 ans d’évolution du transport public. Conducteur, contrôleur, agent d’exploitation, il partage ici ses souvenirs de terrain, son regard sur l’évolution du métier et ce qui l’anime encore aujourd’hui : le contact humain.
Débuts et motivations
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir conducteur à l’époque ?
Je suis entré dans ce métier par nécessité : il fallait que je travaille. J’ai commencé en 1968 comme simple receveur, chargé de l’encaissement avec les machines Camp de l’époque. En 1973, j’ai passé mon permis. À ce moment-là, le directeur ne souhaitait pas que je descende à Lyon, car j’étais l’un des plus jeunes conducteurs de l’entreprise. J’effectuais donc principalement la ligne Anse – Longes.
Un jour, un conducteur devait se rendre à un enterrement, on m’a donc confié l’intégralité de la ligne sur Lyon. C’est à partir de ce moment-là que je me suis lancé pleinement dans le métier de conducteur.
Comment êtes-vous arrivé chez Transdev ? Vous souvenez-vous de votre premier jour ?
J’ai débuté à la Régie du Rhône et j’ai ensuite suivi toute l’évolution de l’entreprise jusqu’à Transdev. En 1982, le directeur m’a proposé de devenir contrôleur pendant trois à quatre ans. Par la suite, je suis passé à l’exploitation, où je gérais les plannings d’une équipe d’environ 40 conducteurs.
Quel était le contexte du transport public à vos débuts ?
Ça n’avait rien à voir avec aujourd’hui ! Il y avait une vraie solidarité entre collègues. C’était l’époque de la débrouille : très peu de formation, parfois aucune et on restait longtemps sur la même ligne. Le métier reposait beaucoup sur l’expérience et l’entraide.
Souvenirs marquants de carrière
Quels souvenirs vous ont le plus marqué dans vos premières années ?
Lorsque je faisais du billet collectif, j’ai accompagné le collège de Monsols en Suède dans le cadre d’un échange scolaire. Je me souviens aussi d’un voyage à Innsbruck avec le quartier général Frère de Lyon : deux cars, une route à 18 % de pente… La montée impressionne, mais la descente au frein moteur, c’était encore une autre histoire !
Avez-vous une anecdote qui vous revient souvent en tête ?
J’ai formé pendant un an Nabil Zaïri, aujourd’hui toujours conducteur à Arnas. Je l’ai accompagné de A à Z alors qu’il préparait son permis. Un jour à Amplepuis, sous la neige, il était très surpris : c’était sa première expérience de ce type. Quinze ans plus tard, il m’appelle encore de temps en temps pour me demander conseil !
Quels collègues ou encadrants vous ont marqué ?
Madame Jeoffrey, très investie dans l’exploitation, très professionnelle mais aussi très stricte. Elle rendait service, mais sans jamais transiger sur les règles.
J’ai également beaucoup apprécié travailler avec Martial Porco, responsable d’atelier avec qui je m’entendais très bien, ainsi que les mécaniciens.
J’ai aussi vu l’arrivée de Martial Forest, en plein période de grève !
Quelles lignes ou services avez-vous le plus aimés ?
J’ai pratiquement tout fait et, honnêtement, j’ai tout aimé. Tant que je conduisais, ça me convenait : l’Arbresle, Saint-Vincent-de-Reins et bien d’autres secteurs.
L’évolution du métier
Comment le métier de conducteur a-t-il changé en près de 60 ans ?
La circulation est devenue beaucoup plus dense et les usagers bien plus impatients ! Les voitures cherchent à doubler dès qu’elles voient un car, même lorsque les voies sont rétrécies. Les conditions de conduite sont plus tendues qu’autrefois.
Quelles évolutions techniques vous ont le plus marqué ?
Les véhicules ont énormément évolué. À mes débuts, il n’y avait pas de direction assistée et il fallait appuyer deux fois sur l’embrayage pour passer les vitesses. Maintenant, c’est du gâteau ! Les sièges se sont aussi améliorés et sont plus confortables, même si à l’époque on faisait avec.
Les outils de vente ont également beaucoup changé : machines Camp, Crouset avec cassette pour enregistrer les recettes, puis Oùra. Aujourd’hui, la technologie est plus complexe, notamment sur les fins de service où les machines peuvent dysfonctionner.
Comment a évolué la relation avec les voyageurs ?
Avant, les échanges étaient beaucoup plus conviviaux. On discutait facilement, on s’arrêtait boire un café en service. Nous faisions de la livraison de colis dans les cafés donc c’était l’occasion de boire un café pour moi, un verre de blanc pour eux. J’ai aussi fait de la messagerie dans le Beaujolais pendant les vendanges. On faisait du ramassage en ville avec un camion, en parallèle du métier de conducteur.
Qu’est-ce qui n’a, selon vous, jamais vraiment changé ?
Le métier reste exigeant, mais je trouve que les conducteurs sont aujourd’hui moins motivés qu’avant. Sur le fond, beaucoup de choses ont changé.
Relation avec les voyageurs
Des rencontres marquantes ?
Je me souviens notamment du général, lors de la semaine au quartier Général Frère. Il parlait d’un ton très sec, tout était minuté : départ à 8h00 et pas une minute de plus.
Des souvenirs touchants ou amusants ?
Lors de notre voyage en Suède, les élèves avaient acheté des t-shirts pour nous remercier, car ils nous avaient trouvés sympathiques. Un très beau geste !
Comment décririez-vous votre relation avec les passagers aujourd’hui ?
Globalement, tout se passe bien. Je dis bonjour : s’ils répondent, tant mieux, sinon ce n’est pas grave. La relation est moins familière qu’avant, car les services sont plus variés. À l’époque, on faisait toujours la même ligne, on se connaissait tous et on se retrouvait même le samedi matin au café.
Fiertés et regard sur la carrière
De quoi êtes-vous le plus fier ?
Je suis fier de mon parcours, tout simplement. J’ai toujours été content de ce que je faisais. À la retraite, il manquait des conducteurs et, lorsque M. Perreon m’a demandé si je pouvais assurer un service scolaire, j’ai accepté mais le matin uniquement. L’après-midi, je conduis les résidents d’un EHPAD de Villefranche vers leurs ateliers.
Y a-t-il un moment où vous vous êtes dit : « C’est pour ça que j’aime ce métier » ?
Tous les jours. J’aime le contact humain, c’est très important pour moi.
Regard vers l’avenir
Quel conseil donneriez-vous à un jeune conducteur qui débute ?
De faire son métier correctement, avec sérieux, certains se contentent du strict minimum. Il faut aussi veiller à suivre le bon itinéraire et écouter les conseils des anciens !
Si vous deviez résumer votre carrière en une phrase ?
J’ai aimé, et j’aime encore ce que je fais.